Taxe d’apprentissage : la peur des grandes écoles

Taxe d’apprentissage : la peur des grandes écoles

Les grandes écoles pointent du doigt la réforme de l’apprentissage, plus précisément la suppression du « hors quota », une partie des fonds qui leur sont versés. Elles redoutent que cette mesure présente pas des risques pouvant entraver la pérennisation des écoles de management et d’ingénieurs.

C’est ce à quoi s’est intéressée Marie-Christine Corbier dans une série d’article publié récemment dans Les Échos. La réforme de la taxe d’apprentissage pourrait, selon les dires des grandes écoles, détruire la façon dont le système actuel est organisé.

Le versement du « hors quota » supprimé

Pourquoi la taxe d’apprentissage suscite-t-elle la peur des grandes écoles ?

Selon Loïck Roche, vice-président des Écoles de la Conférence des grandes écoles (CGE) et directeur général de Grenoble École de Management (GEM), cette solution « détruirait le système des grandes écoles de management ».

Comme il l’explique aux Échos :

D’ici trois à quatre ans, ces dernières ne toucheront plus d’argent public ni de subventions de qui que ce soit – villes, départements, régions, chambres de commerce, etc. Autrement dit, on ne pourra s’en sortir qu’avec les frais de scolarité et les actions faites avec les entreprises – les chaires, la formation continue, les fondations… et la taxe d’apprentissage. Si la réforme de l’apprentissage débouche sur la suppression du « hors quota » pour les écoles, il en manquera à l’arrivée… », a-t-il ajouté.

Cette redistribution des fonds pourrait en effet poser problème aux grandes écoles, qui se retrouveraient avec des budgets bien moins conséquents.

Ou iront les fonds ?

Marie Christine Corbier avance dans Les Échos qu’ « Emmanuel Macron voulait consacrer ce « hors quota » au financement des seules actions d’apprentissage. Et utiliser cet argent pour financer la création de 100 000 places dans les formations professionnelles de niveau licence, avec en ligne de mire des licences professionnelles préparées en alternance, sur trois ans, avec le concours des branches professionnelles. »

Elle insiste sur le fait que « ce hors quota représente 23 % des recettes de la taxe d’apprentissage, et une partie – de l’ordre de 130 millions d’euros – revient aux écoles de management et d’ingénieurs. ». Au cas où il serait supprimé, les grandes écoles risqueraient donc de perdre entre 10 et 20% de leur budget.

Le président et son gouvernement ne se cachent d’ailleurs pas de vouloir faire la promotion de l’alternance, et notamment des filières professionnalisantes, plus courtes. Cela dit, les grandes écoles représentent toujours un point névralgique de l’excellence académique française.

À quoi pourrait-on s’attendre ?

La Conférence des grandes écoles rappelle que la réforme de l’apprentissage réalisée en 2014 a déjà réduit les recettes des écoles et impliqué une hausse d’environ 17 % des frais de scolarité dans ces établissements.

Face à cette nouvelle mesure, Loïck Roche estime donc qu’il faudrait augmenter l’ensemble des frais de scolarité de l’ordre de 10 à 15 %. Mais selon lui, « cela ne ferait que colmater une brèche, et n’augmenterait pas nos capacités à investir. En prenant l’argent aux grandes écoles pour le mettre ailleurs, on détruirait le système des grandes écoles de management. »

Il est bien possible que les plus grosses écoles puissent se sortir de cette situation. Pour ce faire, elles doivent augmenter leurs frais de scolarité ou faire appel à des fondations, c’est-à-dire à des dons.

Mais si cette décision est adoptée, elle sera au détriment des écoles de moyenne taille, plus précisément celles qui sont classées au-delà de la cinquième place et qui ne disposent pas d’assez de moyens pour augmenter de façon importante leurs frais de scolarité : des frais que les étudiants ne pourront même pas payer. Cela rappelle sans aucun doute le système que l’on connaît outre-atlantique, avec une réelle division des écoles non par la qualité de l’enseignement, mais par la richesse des étudiants.

Qualifiant cette mesure comme « une faute politique », Marie Christine Corbier craint que la situation soit encore pire. Selon ses affirmations, « certains responsables d’école vont plus loin et menacent de quitter la France. » Ce que confirme par exemple Alice Guilhon, directrice générale de Skema dans ses propos : « On a cassé l’année de césure avec la loi de 2014, aujourd’hui on veut nous enlever la taxe. À chaque fois qu’on fait un pas en avant, on nous met des bâtons dans les roues. Si cela continue, on ira jouer ailleurs. »